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Analyses de séquences

« Maintenant je suis comme toi le chat, je vois dans le noir »

Alban Jamin
Enseignant cinéma audiovisuel,
auteur d'outils pédagogiques

La cache des gangsters découverte, Nico coupe l’électricité pour partir délivrer Zoé. La coupure d’électricité dans un dessin animé est devenu un cliché comique. Les productions de Tex Avery ou Walt Disney sont coutumières de ces scènes où les personnages et les espaces se redéfinissent par rapport à la nuit et où le dessin animé bascule vers un nouveau mode d’expression.

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Étrange perception

« Maintenant je suis comme toi le chat, je vois dans le noir »

Encore une fois, le point de vu adopté pour la séquence est totalement fantaisiste. Il devrait se fonder sur la vision infrarouge de Nico, puisque celui-ci met ses lunettes avant de rentrer dans la pièce. Mais Nico ne devrait pas percevoir l’espace de cette manière, car nous avons vu dans la séquence du prégénérique où il vole les bijoux que c’est un filtre verdâtre qui lui permet de voir dans la nuit. Dans une logique imitative déjouée, l’image prend donc ici les atours d’une vision nocturne que seul le spectateur peut percevoir. Cette démarche est donc à rapprocher de celle de la volute violette guidant le chat. Elle aussi n’était perçue que par l’animal…et le spectateur. Une fois encore, le spectateur se voit doué d’un pouvoir félin et entretient donc un rapport complice avec l’animal.

Redéfinition de l’espace

« Maintenant je suis comme toi le chat, je vois dans le noir »

La séquence débute par un noir complet. Les voix fusent mais l’image reste rigoureusement opaque. Puis les personnages commencent à circuler dans le cadre sous l’aspect de silhouettes soulignées de lignes blanches. On pourra questionner les élèves sur ce choix de représentation. Le noir élimine les couleurs, évide les corps et les rend à leur simple enveloppe dessinée. Le lieu se dématérialise et la mise en scène diffère du reste du film. Les cadres sont désormais larges et donnent une vision d’ensemble de la situation, avec quelques inserts sur des détails significatif (par exemple, le gros plan de la bouche à l’oreille de la petite fille). Nico progresse latéralement avec agilité. Tel un passe-muraille, il circule d’une pièce à l’autre en donnant l’impression que les murs n’existent plus.

Entre-deux réflexif

« Maintenant je suis comme toi le chat, je vois dans le noir »

L’allumage inopiné d’une allumette par un des gangsters permet de basculer sur le référent graphique initial. C’est dans ces moments que le dessin animé use de toutes ses puissances expressives et livre son mode de composition. En un instant, on passe de l’esquisse à la figure achevée. Ainsi, lorsque Costa gravit les escaliers pour atteindre le toit éclairé par la lune, les deux représentations se succèdent dans le même plan. La simple enveloppe dessinée prend corps et le film semble commenter sa propre création.

Le parfum de la dame en mauve

Alban Jamin
Enseignant cinéma audiovisuel,
auteur d'outils pédagogiques

La séquence permet d’utiliser une piste peu à peu développée durant le film : celle de l’odeur nauséabonde du parfum de Claudine. Révélateur de la personnalité ambiguë de la nourrice qui s’en asperge souvent - comme pour masquer sa véritable identité - il est souvent désigné comme étant déplaisant (7’25, le chat éternue lorsqu’elle passe devant lui). Ce leitmotiv important du film entre en lien direct avec les facultés de perception du chat, le parfum devenant ici un élément capital pour faire progresser l’action. En effet, la situation est critique puisque les gangsters détiennent la petite Zoé et personne n’a découvert la duplicité de Claudine, la fausse nourrice, maîtresse du gangster Victor Costa. Alors que le gang de Costa s’apprête à fêter au champagne sa victoire, Claudine décide de se refaire une beauté en sortant son diabolique parfum. L’effluve qui s’évapore va guider le chat et Nico au repère des gangsters.

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L’émanation du personnage de Claudine

Le parfum de la dame en mauve

Le parfum semble ici comme une émanation de Claudine. On remarque qu’elle porte un fard à paupière violet ainsi qu’un vernis à ongle et une robe de même couleur (la couleur de la bouteille est aussi une déclinaison un peu plus pâle du violet agressif de la senteur). Cette cohérence vestimentaire avec la couleur du parfum annonce la métamorphose de la volute en créature féminine un peu plus tard dans la séquence : Claudine ne fait alors plus qu’une avec son parfum. Victor Costa, amant de Claudine, porte lui aussi une veste couleur violette. Le code de couleur est donc nettement donné : le violet est la couleur du Mal. Notons aussi que dans Une histoire de chat, le mal est tentaculaire, élastique et flottant. Ainsi, si Costa est lié à un totem maléfique - celui de la pieuvre rouge qui enlace la mère de Zoé -, la volute évolue aussi selon les variations d’un gigantesque tentacule. À la manière d’un gaz, elle envahit tous les plans et ondule de manière inquiétante, presque animale.

Un problème de point de vue

Le parfum de la dame en mauve

Cette séquence pose la question du point de vu adopté : qui est sensé « voir » la volute de parfum ? Pas les gangsters, qui ne subissent que son odeur, pas le cambrioleur Nico qui ne possède pas les dons olfactifs du chat. C’est plutôt le spectateur qui se voit doué d’un sixième sens, proche de celui du félin, qui, lui, détecte sans problème l’odeur qui va le guider. Faisant percevoir l'indicible par la convention du dessin, l’apparition de la volute permet donc de créer une identification avec l’animal en attribuant au spectateur un peu du génie sensoriel de l’animal.

Faire le lien

Le parfum de la dame en mauve

La longue traînée colorée trace un lien unificateur entre chaque plan de la séquence. Elle est donc un puissant organisateur formel du montage, traçant une piste émergeant de la pièce des gangsters et ouvrant sur la déambulation du chat et de Nico pour atteindre le repère des bandits. Notons qu’une une fois la cache découverte, la senteur disparaît : son rôle dramatique est terminé, elle n’a donc plus de raison d’être.

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