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Analyse du générique

Alban Jamin
Enseignant cinéma audiovisuel,
auteur d'outils pédagogiques

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Planter le décor

Analyse du générique

Après une séquence inaugurale montrant Nico le voleur dans toute sa splendeur acrobatique, le générique débute. S’offre alors au spectateur une vision stylisée à l’extrême des toits de la ville de Paris où les silhouettes des immeubles s’agencent à la manière d’un formidable bric-à-brac. C’est à une « jungle urbaine », bien connue des amoureux de films noirs, à laquelle nous avons affaire.

On remarque que le graphisme adopté pour le générique est très différent de celui de la suite du film. Il permet de désigner ce segment comme annexe à l’œuvre, sorte de vision épurée et quintessentielle de ce qui suivra. L’impression de découpes et d’ombres chinoises ainsi que la typographie des noms sont des référents très nets au graphisme des années 50 (aux génériques de Saul Bass pour Alfred Hitchcock et Otto Preminger, par exemple) et annonce la nostalgie ludique qui caractérise le film.

La cité qui s’offre à notre regard est déclinée selon ses toits. Lieu parallèle, dédié aux actions illégales, repère des maîtres discrets mais omniscients de la ville, les « toits de Paris » possèdent aussi un très fort potentiel référentiel (le cinéma réaliste poétique des années 30, les aventures de Fantômas, etc.).

Du mouvement avant toute chose

Analyse du générique

Lorsque Nico se lance dans la nuit en prenant les antennes des toits pour des lianes, son geste gracile dévoile le générique à la manière d’un rideau qui se lève sur la ville. Le ton est donc donné : le film sera très rythmé, poussé par une fuite en avant initiée dès ce frénétique début.

La musique, toute de cordes tressées, crée une tension et un sentiment de danger. Elle distille un mouvement perpétuel qui met sous tension le spectateur et n’est pas sans rappeler le thème de Batman (Tim Burton – 1989) composé par Danny Elfman avec ses tourbillons de cordes annonçant de nocturnes aventures.

L’ample mouvement de caméra qui structure la séquence vient parfaitement corroborer ces premières impressions.

Exploration

Analyse du générique

Tout le générique procède d’un unique mouvement exploratoire. En effet, pas de successions de plans ici, mais un plan séquence virtuose qui s’engouffre dans les méandres de la ville. La caméra omnisciente évolue ainsi latéralement, mais aussi en profondeur dans l’espace. Sa vélocité semble imiter le déplacement du chat, véritable guide durant cette ouverture de film.

Les effets de profondeurs sont importants, accentués par la présence de l’animal qui ne cesse de s’approcher et de reculer dans le cadre. Ses frôlements de la camera sont marqués par de légers souffles et miaulements, mais la caméra elle-même s’engouffre avec un bruitage pneumatique dans les structures de la ville.

Tout converge donc pour attribuer à cette séquence d’ouvertures des qualités quasi-félines.

Sous le signe du chat

Analyse du générique

Le générique est placé sous le signe du chat, et plus particulièrement de son regard. Significativement, la lune se scinde très tôt dans la séquence pour devenir la prunelle des yeux du félin. Observateur mutique des actions du film, il est donc aussi la figure tutélaire de la ville qu’il domine et contemple. Ses déplacements rapides dans les cadres démontrent sa maîtrise d’un espace labyrinthique et le posent comme un guide privilégié pour pénétrer dans les arcanes de la ville.

Son parcours durant ces premiers instants nous le montre progresser peu à peu vers les hauteurs de la cité pour finalement s’arrêter et observer - dans un cadre emblématique - la ville et la tour Eiffel. L’apparition finale de la célèbre tour vient clôturer le générique en livrant une information capitale : c’est une intrigue parisienne qui va suivre et cette révélation contribue fortement à l’horizon d’attente du spectateur.

Notons enfin que les dernières secondes offrent une ultime embardée : le chat bondit de l’autre côté d’un toit en un fondu enchaîné qui occasionne une ellipse. Il fait désormais jour et l’intrigue va débuter.

L’unité du générique est complète. Un seul mouvement plante le décor, annonce l’importance du chat et attise les référents à venir (le film noir, Fantomas, l’esthétique des années cinquante). On se reportera avec intérêt au générique animé du film Attrape-moi si tu peux (2002) de Steven Spielberg, mais aussi de la série d’animation des Batman (The Animated Series – 1992).

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